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Le sommeil en gouttes pour les enfants inquiète les médecins

 

D'instinct, l'idée ne plaisait guère à Hélène Simard, jeune maman de Québec. Donner un somnifère à un enfant, vraiment? Même s'il s'agissait de mélatonine, un produit de santé naturel, «j'avais beaucoup de réticences, dit-elle. [... Mais] ma fille fait de l'anxiété, alors quand elle se réveille, le petit hamster se met à tourner pas mal vite dans sa tête. Et si elle se réveille à 5h du matin, sa nuit est finie».

En ajoutant à cela l'arrivée en maternelle en plus d'un changement d'enseignante en milieu d'année, ce petit hamster-là avait commencé à s'inviter souvent chez Mme Simard. Si bien que sur le conseil d'une amie et après quelques lectures, elle a fini par céder : «Ça vient en gouttes, je lui en ai donné avant le coucher et, franchement, j'ai vu une bonne amélioration.» Sa fille, maintenant en troisième année, en a repris quelques fois par la suite, mais «jamais pendant plus que deux ou trois semaines en ligne, on ne veut pas qu'elle développe une accoutumance».

Or cette petite est très, très loin d'être la seule. En fait, deux études canadiennes très récentes montrent que le recours aux somnifères chez les enfants - pas seulement la mélatonine, qui est l'hormone du sommeil, mais aussi d'autres médicaments qui causent de la somnolence - est beaucoup plus répandu qu'on pourrait le croire. Ce qui inquiète leurs auteurs, d'ailleurs...Dans le dernier numéro de la revue médicale Sleep Medicine, une équipe dirigée par le pédiatre Dirk E. Bock, rattaché à l'Université Western, en Ontario, rapporte que sur une période de six mois, les trois quarts des médecins de famille et des pédiatres prescrivent des médicaments d'ordonnance ou en vente libre pour traiter des problèmes de sommeil chez des enfants. 

L'échantillon est mince, ne comptant qu'une soixantaine de médecins, et «il s'agit vraiment d'une étude-pilote», précise le Dr Bock, mais ces résultats concordent avec des données américaines et ceux d'une autre étude à laquelle il a participé. Celle-ci, menée auprès de 350 parents qui se sont présentés dans une urgence pédiatrique entre 2012 et 2014 et ont accepté de remplir un questionnaire, suggère que l'usage des somnifères touche 25 % des enfants, à des degrés divers. Du nombre, précise le médecin--chercheur, près du tiers ont pris de ces médicaments (ceux qui sont en vente libre, du moins) pendant au moins un mois, et cette proportion grimpe à presque la moitié parmi ceux qui prennent de la mélatonine.

Les deux études concluent essentiellement la même chose : «Il est urgent de développer des lignes directrices pour le traitement des problèmes de sommeil en pédiatrie, de même que d'avoir des données sur la sécurité et le dosage de ces médicaments», lit-on dans celle qui a sondé les parents.Car à l'heure actuelle, confirme le spécialiste des troubles du sommeil de l'Université Laval Charles Morin, il n'y a pas de guide de pratique, pas de recommandation officielle qui encadre l'usage de ces médicaments chez les enfants. Et les médecins eux-mêmes sont peu formés...

Lire la suite de cet article dans Le Soleil.

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