Projets en cours

Nos projets sur la cognition et les interactions sociales allient plusieurs disciplines académiques, incluant la psychologie, les neurosciences cognitives, la psycholinguistique et la psychiatrie. Nos projets visent à mieux comprendre les processus cognitifs impliqués dans les interactions avec les autres, à mieux comprendre les difficultés de cognition et d'interactions sociales en schizophérnie et à fournir de meilleurs outils pour évaluer et traiter ces difficultés.



Contexte de nos travaux

La schizophrénie est un trouble psychotique qui débute à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Elle affecte considérablement les compétences sociales, menant à des difficultés au plan du fonctionnement académique, professionnel et social. Malgré les traitements actuels, ces difficultés de fonctionnement persistent à long terme. Ainsi, alors que la schizophrénie en phase aigüe est classée comme la maladie la plus incapacitante (1er rang) dans l’étude Global Burden of Diseases 2010, elle apparait au 9e rang en phase de rémission , étant donc considérée comme plus incapacitante que le cancer ou la maladie de Parkinson. Optimiser le rétablissement fonctionnel et la qualité de vie de ces personnes, au-delà de la rémission des symptômes psychotiques, est un objectif majeur de la recherche actuelle en schizophrénie.

Or, nous savons maintenant que ce ne sont pas simplement les symptômes psychotiques résiduels (par exemple, les hallucinations ou les délires) qui déterminent les difficultés de fonctionnement en SZ. Le fonctionnement quotidien de ces personnes est plutôt lié à des difficultés de cognition sociale. La cognition sociale désigne l'ensemble des processus cognitifs qui permettent de comprendre les autres et d'interagir avec eux. Comme aucun traitement n’est actuellement homologué pour cibler les déficits de cognition sociale, il est primordial de mieux comprendre les difficultés de cognition sociale qui nuisent au rétablissement fonctionnel des personnes atteintes de schizophrénie afin d’améliorer les évaluations et les interventions pour ces difficultés.

Nos travaux sont importants à la fois pour bonifier les modèles théoriques de la cognition sociale normale, pour comprendre l'impact de la cognition sociale lors de vraies interactions sociales et pour discerner les déficits de cognition sociale présentés dans différentes populations cliniques. Ultimement, nos travaux visent à favoriser le rétablissement fonctionnel et la qualité de vie de ces personnes.

Cognition sociale et schizophrénie

Nos travaux des dernières années ont démontré l'importance d'un aspect de cognition sociale nommé théorie de l'esprit, qui désigne la capacité à bien évaluer les états mentaux des autres comme leurs intentions, leurs connaissances, leurs croyances ou leurs émotions. Nos travaux démontrent que cette habileté est affectée même chez des jeunes adultes chez qui la schizophrénie vient d'être diagnostiquée (ex : Achim et al, 2012; Achim et al, 2013), et que ces difficultés sont fortement liées au fonctionnement quotidien de ces personnes. Comme la théorie de l'esprit est une habileté complexe qui implique plusieurs processus cognitifs (Achim et al., 2013; Achim et al., 2013), nos travaux visent maintenant à distinguer les processus en jeu.

Bases neurobiologiques de la cognition sociale

Nos projets ont jusqu'ici ciblé la théorie de l'esprit et l'empathie pour la douleur.

La théorie de l'esprit désigne la capacité à bien évaluer les états mentaux des autres comme leurs intentions, leurs connaissances, leurs croyances ou leurs émotions. Alors que les régions cérébrales impliquées dans la théorie de l'esprit sont aujourd'hui bien identifiées, une récente étude de notre équipe (Lavoie et al., 2016, Cortex) a démontré que ces régions cérébrales peuvent être sous-divisées en deux sous-réseaux distincts, supportant des habiletés distinctes impliquées dans les jugements de théorie de l'esprit, soit les inférences sociales et la prise en compte du contexte pour ajuster les inférences. Un projet en cours vise maintenant à déterminer si les régions cérébrales sollicitées pour la prise en compte du contexte reflètent l'inhibition de la réponse décontextualisée ou l'établissement d'une nouvelle inférence qui tienne compte du contexte.

Nos projets sur l'empathie pour la douleur sont réalisés en collaboration avec Philip Jackson, professeur à l'école de psychologie de l'Université Laval.

Communication référentielle et théorie de l'esprit

Ces projets sont le fruit d'une riche collaboration avec Marion Fossard, Ph.D., linguiste et professeure de logopédie à l'Université de Neuchâtel en Suisse.

Nos projets visent à circonscrire quand et comment la théorie de l’esprit contribue à ajuster ses productions verbales pour faciliter la compréhension pour la personne à qui l'on s’adresse. Alors que la cognition sociale et la production langagière sont typiquement étudiées séparément, nous avons été les premiers à démontrer un lien entre la performance aux tests classiques de théorie de l'esprit et les ajustements aux connaissances probables de l'autre lors de vraies interactions verbales. Pour ces projets, nous avons mis sur pied une série de méthodes basées sur le paradigme de communication référentielle.

Bases neurobiologiques de la communication référentielle

Après avoir documenté le lien entre la théorie de l'esprit et l'ajustement à l'autre dans la production langagière, nous avons voulu déterminer si les régions cérébrales impliquées dans les jugements de théorie de l'esprit sont aussi activées lorsque la production langagière doit être ajustée en fonction des connaissances probables de l'autre.

Ce projet a été réalisé en collaboration avec Pascale Tremblay (Département de réadaptation) et Marion Fossard (Université de Neuchâtel). L'expertise de Pascale Tremblay sur l'étude des productions verbales en IRMf (qui implique des difficultés techniques puisque l'IRMf est sensible aux mouvements) a été centrale pour développer une méthode innovante permettant la communication verbale directe entre un participant dans le scanner IRM et une autre personne située dans la pièce adjacente (par une méthode de "sparse sampling").

Les résultats soutiennent notre hypothèse selon laquelle les régions cérébrales qui soutiennent les jugements de théorie de l'esprit sont bel et bien actives lorsque les participants ont à tenir compte des connaissances de l'autre pour ajuster leurs productions verbales (Achim et al., Submitted).

Développement et validation de tests

À l'heure actuelle, il n'existe pas d'outils d'évaluation standardisés pour évaluer la cognition sociale. Les tests actuellement disponibles sont des tests de recherche, et pour certains des construits comme la théorie de l'esprit et les connaissances sociales, même lestests expérimentaux les plus utilisés présentent des failles importantes qui mènent à des qualités psychométriques en dessous des standards (par exemple, une faible fiabilité, des effets plafonds qui diminuent la sensibilité et ne permettent pas d'établir des normes, etc.).

Dans les dernières années, notre équipe a mis sur pied, standardisé et validé plusieurs tests de cognition sociale, qui sont présentés plus en détail à la page consacrée à nos TESTS. En plus d'être utilisés par d'autres groupes de recherche, nos tests sont déjà utilisés par plusieurs psychologues et neuropsychologues dans leur pratique clinique.

Pour participer à ce projet, trouvez plus d'information ici.

Nous recherchons des participants pour trois différents groupes:

1) Personnes atteintes de schizophrénie ou d'un trouble schizoaffectif
2) Participants francophones ne prenant pas de médication psychoactive
3) Participants anglophones ne prenant pas de médication psychoactive

Traitements de remédiation de la théorie de l'esprit

En collaboration avec Caroline Cellard (École de psychologie, U. Laval) et avec Tyl Wikes et Clare Reeder (Kings College London, UK), nous avons démontré que, chez des personnes atteintes de schizophrénie qui présentent d'importantes difficultés cognitives, un traitement de remédiation cognitive visant la cognition non sociale et la métacognition peut aussi améliorer la performance de cognition sociale, et plus spécifiquement la théorie de l'esprit (Thibaudeau et al., 2017). Ces résultats, qui se maintiennent jusqu'à un an après la remédiation, soutiennent notre hypothèse selon laquelle les déficits observés aux tests de théorie de l'esprit peuvent refléter une variété de difficultés sous-jacentes, incluant des processus de cognition sociale et de cognition non sociale.